"Sur la route...Hubert Delisle" - Emmanuel Blivet
"Sur la route...Hubert Delisle"
Initiée par le premier gouverneur créole Louis Henry Hubert Delisle à qui l'on doit également de nombreux ouvrages de l'île de la Réunion (tunnel sous la Montagne, l'école d'arts et métiers ou encore le Muséum d’Histoire Naturelle...), la route de ceinture d'altitude départementale 3 avait pour but de désenclaver les hauts, et de permettre le transport de la canne à sucre aux plantations. Ouvrage monumental pour l'époque, ce grand défi sera nommé «  Route Hubert Delisle  » par un décret impérial de Napoléon III du 12 mai 1858. Les travaux durèrent 30 ans...

Sur les pentes des hauts de l'ouest à 800 mètres d'altitude, Le «somin gouvernman» relie, en 35 kilomètres et autant de ravines Le Guillaume au Plate, en passant par Ravine Daniel, Trois Bassins ou La Chaloupe.
Il marque la limite entre la monoculture de la canne en contrebas, l’agro-foresterie et l’élevage en amont. Tout autour, c’est le règne de la diversité de paysages agricoles avec le maraîchage, l’horticulture et le géranium. Le café a marqué physiquement le paysage avec les défrichements de plus en plus haut, et économiquement en raison de la part de celui-ci dans les exportations, dont l'île est devenue dépendante. D’abord florissante, cette culture décline ensuite sous la poussée de la concurrence internationale et de l’introduction de la canne. Le géranium apparaît dans les hauts entre les deux guerres au-dessus de 600m, et représente encore aujourd’hui l’image symbolique des hauts de l’ouest.

En bordure de route, de nombreuses petites superettes, quincailleries ou bars y sont présents, preuve d'un attachement historique, personnel ou contraint de la population à ce territoire. Cette route autour de laquelle de nombreuses familles vivent, et possédant sa propre identité, marque donc une frontière climatique, physique et même psychologique entre les bas et les hauts. On y saisi les contrastes entre une certaine douceur de vivre et la rudesse de la vie, entre la nature et l'urbanisation, entre la modernité et les traditions, entre l'ennui et l'activité... La route fonctionne comme une planche-contact, car elle réunit une mosaique d’instantanés du quotidien, le vécu des gens, objets ou paysages. Les photographies se répondent alors entre elles, parfois frontalement, parfois avec plus d'humour et de recul.

Au delà d'un regard porté à cette seule route, ce travail se présente comme le portrait contemporain d'une région, celle des hauts de l'ouest de la Réunion. Dans une tension entre la rigueur documentaire et la liberté d'une photographie plasticienne, il s'attache à mêler approches paysagère, contextuelle, humaniste ou encore spectaculaire à travers un prisme, celui de la route Hubert Delisle.
Emmanuel Blivet. 2014.
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